DAME OPULENCE 

                  INVOQUE 

                           DAME CRISE

 

 

Dame Opulence, l’oeil égrillard

Fastueusement en ses richesses se délecte

Et tandis que sur les misères du monde elle fait la fête

A grand cris Dame Crise convie,  et ses fards...

 

Dame Crise

 

Pourquoi me convier aujourd’hui,

Que puis-je pour vous servir?

 

Dame Opulence

 

Le monde va mal et je ne puis

Que par vous,  expliquer sans rougir

L’indigence d’un monde accablé

Sous l’injuste et vile pauvreté.

 

Dame Crise

 

Hé, Dame Opulence, vous ne manquez pas de toupet

Car c’est bien vous avec vos richesses la cause de la pauvreté

Vous amassez, vous amassez sans cesse

Devrais-je toujours vous servir d'alibi

De l’humanité ferez-vous toujours fi?

 

Dame Opulence

 

Dame Crise , je ne vous invoque pas,

Pour que vous me sermonniez comme cela

J’en appelle à votre compréhension

Je dois au monde des explications

Et c’est vous, floue et lointaine,

 

La bonne raison que je me dois de donner

Dame Crise, mon argument merveilleux

Fais que le monde sa misère supporte mieux...

Et je pourrai sans cesse m’agrandir

Etendre  mes royaumes, m’enrichir...

 

Dame Crise

 

Ainsi voilà vos aspirations inhumaines

L’humanité pour vous est parole vaine

Vous ne pensez qu’à vous divertir

Tandis que le monde souffre le martyre?

 

Dame Opulence

 

Le monde est ainsi fait, nous n’y pouvons rien,

Nous amassons tant que nous le pouvons,

Et les morales inopérantes ne nous touchent pas.

Nous jetons par la fenêtre, si nous voulons,

Ce que , hardis , nous amassons .

Et si le monde transpire pour nous

Il l’a bien voulu , chacun ses goûts!

 

Dame Crise

 

Je ne vous servirai pas éternellement

Dame Opulence, prenez garde, et tremblez

Un autre jugement vous est réservé

Invisible aujourd’hui, 

Il mettra fin à toute votre déraison

Et balaiera toutes vous raisons !

En attendant de la vie jouissez,

Riez, chantez, dansez...

Je suis là, misérable, à vous dédouaner...

Bien vile, à vous masquer...

                                                                                

                                                                    © Ghislaine  Belaieff