LA SUPPLIQUE DE SATAN
A vaincre sans péril on triomphe sans gloire
Dieu se promenait dans son vaste univers
Lorsque Satan se présenta, dans un éclair
- Me voilà mon cher adversaire justement déçu,
Sur terre , je les ai tous corrompus
Me prenant, hélas pour toi ...
Les voilà tous aujourd’hui prosternés devant moi
Ils ne distinguent pas le vrai du faux
Ils aiment le mensonge, le vice , les fléaux…
Ils se prosternent ravis devant ma face
Et au lieu de toi, à moi rendent grâces!!
J’ai vaincu ces âmes sans grandeur
Mais je les méprise , créatures sans honneur !
Et même si je suis ton méprisable adversaire
Leur bassesse déraisonnable m’exaspère
Je voudrais que d’ un coeur valeureux
Au moins une âme , contrarie mes voeux!
A vaincre sans péril on triomphe sans gloire
Et ma victoire si facile me paraît dérisoire !
- Tu dis vrai, Satan, plein de noirceur
Toi, qui n’hésita pas à trahir , vil déshonneur,
Mais ma sagesse triomphe sans conteste
Tu es aujourd’hui confondu et tu la détestes
Ta création que tu voulus me présenter
Plus parfaite que celle que je créai !
- Devrais-je un jour m’incliner devant toi
Tant leurs vices immondes causent mon désarroi
Pas un obstacle, pas une contradiction…
Tous corrompus, tous mauvais me rendent ovation
Et si cette contradiction devait un jour exister
Je renoncerais au Mal à tout jamais !
- Satan , il est trop tôt pour demander pardon
Le cycle doit se poursuivre, attendons …
Si un coeur pur devait te résister
Tes tourments prendraient fin en vérité
Car je sais que tu meurs dans tes flammes
Qui brûlent peu à peu ce qu’il te reste d’âme…
- Pitié, o Dieu , fais ce jour arriver
Mais ils sont tous devant moi agenouillés
Que faire puisqu’ils ont la connaissance
Et piétinant le vrai avec arrogance
Se vendent sans émois!
Pitié, ô Dieu, ils sont pire que moi !!
- Tu ne pensais pas , ô mon contradicteur
A quel point tes succès te feraient horreur
Tu ne pensais pas qu’à ce point , on pût
Après autant de dons reçus, refuser le salut …
- Non, ô Dieu , je ne savais pas
Que l’on pût ramper plus bas que moi
Qu’ils affirmeraient servir le Bien
En me servant , abominables assassins!
Que ne puis-je arrêter leurs carnages,
Leurs fausses religions, leurs funestes rages
Que ne puis-je changer notre accord,
Et me délier de ce morbide monde retors…
- Il faut boire son vin jusqu’à la lie
Voir en face les actions des maudits
Jusqu’où l’orgueil peut mener
Lorsque sur Dieu on veut dominer…
- Pourquoi ô Dieu ne te montres-tu pas?
Pourquoi à leurs yeux se cacher ici-bas ?
Leurs turpitudes prendraient fin
Et je serais délivré de mon funeste destin !
- Ne vois-tu pas qu’ils doivent aimer
Ce qui est bon, ce qui est vrai
Et qu’ils ne peuvent tels des robots
Se prosterner comme des zombies sots,
Quelle valeur une âme mécanique
Qui obéit à un maître pathétique
Sans user de son coeur , de son entendement
Sous de faux commandements ,
Peut avoir dans mon céleste empire
Où seul le coeur pur, le coeur vrai
A sa place et doit le prouver…
Mon invisibilité est nécessaire
Pour juger leurs actions sur terre,
La sincérité est le seul argument
Inutile sont les commandements
Ils sont gravés dans l’âme pure
Où la lumière chasse l’obscur !
DIEU , sur ce , referme les portes du Paradis
- Nul coeur n’est encore rentré ici
Et elles resteront fermées ,
Jusqu’au jour où un coeur lumineux
Du mensonge , se sera libéré, bienheureux !
SATAN , désespéré dans son triste sort englué
Cherche un coeur pur dans ce marécage damné
Et ne l’a pas encore trouvé !
© Ghislaine Belaieff
22 mai 2016